par Jacqueline Danno
Le
23 janvier 1910, à Liberchies, près de Charleroi,
une troupe ambulante s’apprête à donner une
représentation. La danseuse acrobate Laurence « Negros
» Reinhardt ne pourra y participer.
Dans la semi-pénombre de la roulotte familiale où
lui parviennent les applaudissements de la salle voisine, elle
vient de donner à Jean Eugène Weiss, un second fils,
Jean-Baptiste, que très vite l’on appellera Django.
Et Django grandira au hasard des voyages qui
mèneront la tribu jusqu’en Afrique du Nord.
Très jeune il est attiré par la
musique. Il joue sur un banjo trop grand pour lui avec pour médiator
une baleine de faux-col.
Mais son rêve c’est une guitare. Quand enfin il l’obtient,
il refuse de s’en séparer même pour dormir.
Il va seul, en observant les musiciens, apprendre avec une sûreté
et une rapidité prodigieuse à maîtriser cet
instrument.
C’est encore le règne du musette.
Django joue avec Fredo Gardoni à La Rose Blanche - Porte
Clignancourt – puis avec l’accordéoniste Guérino
à la Montagne Ste Geneviève. Maman Laurence vient
le chercher chaque soir pour lui prendre sa paie et l’empêcher
ainsi d’aller la jouer aux dés avec les voyous du
coin. Autour des feux, dans les campements, commence à
se propager l’histoire d’un petit bout d’homme
aux doigts d’or.
Dans cette société en pleine évolution,
une étrange musique fait son apparition. Elle vient paraît-il
d’Amérique et des anciens esclaves africains. Mais
pour Django c’est toujours le temps du musette jusqu’à
la nuit terrible où il échappe de peu à la
mort dans l’incendie de sa roulotte.
Atrocement brûlé à la jambe
et à la main gauche, il va durant son séjour de
18 mois à l’hôpital St Louis entreprendre une
stupéfiante rééducation qui va lui permettre
d’acquérir une technique bien à lui et une
habileté hors pair.
En 1931, en compagnie de son frère Joseph,
il est sur la Côte d’Azur. Ils vont faire la rencontre
du peintre Emile Savitry qui les initiera au jazz. Django a trouvé
sa voie.
1934, année capitale. Création
avec Stéphane Grappelli d’un quintette à cordes,
patronné par le Hot Club de France et enregistrement d’un
disque pour la firme Ultraphone. Après quelques difficultés
de début le duo Reinhardt-Grappelli va voler de succès
en succès. Seule la guerre les séparera.
Django est devenu l’un des plus grands
guitaristes du Monde. C’est au moment où il allait
réaliser un de ses rêves, rejoindre aux Etats-Unis
le « Jazz at the Philarmonic » de Norman Granz qu’il
est victime d’une congestion cérébrale et
qu’il disparaît en 1953.
Sa musique, résultat de la rencontre de
l’héritage manouche et du jazz, sa technique si personnelle,
due en partie à sa mutilation, son sens du swing, sa virtuosité
font qu’aujourd’hui encore son œuvre est une
source inépuisable d’inspiration pour tous les guitaristes.
Le seul titre « Nuages » composé
en 1940, se vend chaque année, depuis presque un demi siècle,
à plus d’un million d’exemplaires. Depuis 1983
un Festival Django a lieu chaque début d’été
à Samois-sur-Seine où il vécut ses dernières
années.
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